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29 Fév
2016

Cactus Amplifié et autres instruments de percussions

Par Jean-Michel Letendre Veilleux // Blog // Étiquettes : , , , ,

Je rentre dans un café Nektar bondé à souhait. Rapidement, je vois Samuel Matteau qui semble absorbé dans une conversation. Simon Provencher est aussi là ; il m'avait dit qu'il allait étudier aujourd'hui, mais à regarder son écran d'ordinateur il semble plus travailler sur le mix de La fête. Non loin de lui, Raphaël Guay et Maxine Maillet me font un sourire. Les deux membres de l'ensemble de percussion classique EP4 m'attendant à une table. C'est avec eux que j'ai rendez-vous pour piquer une jasette à propos de leur penchant pour la:

M
U
S
I
Q
U
E

N
O
U
V
E
L
L
E

Je vais me prendre un thé car j'avais bu trop de café pour aujourd'hui et on se lance dans les dédales de cette musique trop souvent mise de côté.

 

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Tout d’abord, dans quelle type de musique EP4 est versé ?

Raphaël : L’ensemble se dédie à la musique nouvelle. On fait aussi des pièces plus connues comme des oeuvres de Steve Reich, John Cage etc… Mais on se donne le mandat de jouer une composition/création/première canadienne de compositeur(e)s de Québec ou des alentours à chaque concert.

 

Comment cet ensemble est-il né ?

R : Au début on était une gang de chums de l’université qui se rassemblaient pour faire de la recherche et création sous le nom de HDTI. Ça duré pendant environ 2 ans. À un moment c’est mort de sa belle mort. Je m’ennuyais du edge que ça apportait. C’est là qu’EP4 est né, avec notre premier concert hommage à John Cage à l’espace Hyperion le 10 novembre 2012 . C’est suite à cela que Maxine s’est joint à nous et depuis on continue sous la bannière de EP4.

 

Est-ce que EP4 est un groupe fermé ou un ensemble à géométrie variable ?

R : C’est un groupe fermé dans lequel il y a Maxine Maillet, Jean Dufour, Daniel Cayer et moi.

Maxine : Malgré tout, on est super ouvert à faire des collaborations avec d’autres ensembles de musique nouvelle ou pas. On travaille parfois avec L’ensemble Lunatik ou Erreur de Type 27. L’année dernière on a travaillé avec le Pantoum pour monter In C de Terry Riley ainsi que Music for 18 musicians de Reich dans le cadre du Festival OFF de Québec.

 

 

La saison de musique nouvelle Viens voir ailleurs semble être un amalgame de plusieurs ensembles de musique nouvelle. Pourquoi avoir décidé de faire une programmation contenant plusieurs ensembles ?

M : On est une gang qui se tient ensemble. Le public de Québec n’est pas énorme et ça nous permet d’aller chercher plus de visibilité de cette manière.

 

Là c’est ben beau faire de faire de la musique nouvelle mais c’est toute qu’une entreprise de se donner comme défi d’attirer un public à découvrir ce type de musique. Qu’est-ce qui vous motive à continuer ?

M : Pour moi c’est un désir de pousser l’interprétation plus loin. C’est super de jouer du classique, mais il y a un feeling qu’on retrouve pas ailleurs avec la musique nouvelle.

R : Il y a un plaisir qu’on retrouve dans le risque qu’on a envie de partager avec le public. C’est un défi de travailler sur de la musique qui change de balises à chaque oeuvre; lorsqu’on peut vivre ça avec d’autre monde, c’est génial. C’est aussi ce risque qui nous permet de rester alerte dans notre art. Ça nous motive aussi de savoir que des compositeurs arrivent à se découvrir lorsqu’on les accompagne à travers la création d’une oeuvre. C’est une étape nécessaire pour eux et ils n’ont pas souvent la chance d’être joués dans d’autres contextes.

La création d’une oeuvre veut dire la première fois où une oeuvre est jouée devant public.

 

Parlant de création d’oeuvres. Comment ça se passe normalement lorsque vous faites une commande à un compositeur(e) ?

R : On travaille en essayant le plus possible d’échanger avec le compositeur(e). On trouve ça poche de faire une commande en écrivant: On veut une oeuvre pour 2 marimbas 1 vibraphone et des timbales.

M : On préfère leur permettre d’essayer en imposant le moins de contraintes possible.

R : La commande se veut plus un dialogue entre le compositeur(e) et nous. On essaie que l’étape Work in progress puisse durer le plus longtemps. Il nous arrive parfois que le compositeur(e) fasse des virages à 180 degrés et nous renvoie une orchestration différente et on essaie d’être le plus flexible par rapport à leurs inspirations. Malgré tout on doit quand même mettre des barrières pour arriver à quelque chose de solide pour que ce soit interprété de la meilleure manière ! Pour le concert du 5 mars, la commande de Mathieu Dumont était supposée être une pièce inspiré de Radiohead et finalement ça a terminé en marche funèbre !

 

Le geek d’orchestration en moi a une question. C’est bien connu, les percussionnistes sont souvent appelés à jouer des instruments pas croyable dans certaines situations. C’est quoi le truc le plus fucké que vous ayez joué dans un concert de musique nouvelle?

 

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M et R : Un peu de tout : Un cactus amplifié, des cannes de conserve, un clavier d’ordinateur pas branché, une radio, un bass drum préparé, une machine à feedback, jouer avec de l’eau amplifié avec un micro qui s’appelle un hydrophone, détruire un snare avec un canif, etc.

 

Selon vous, c’est quoi un bon son?

M : Je ne pense pas que le bon ou le mauvais s’applique aux sons. Peu importe celui-ci, il faut aller chercher le maximum de ce qu’il peut donner. Evelyn Glennie parlait de voir chaque instrument de musique comme si c’était le meilleur du monde. Elle pouvait passer énormément de temps à simplement travailler une cymbale pour découvrir les sons que l’instrument pouvait donner. Après ça c’est une question d’interprétation et c’est au musicien de placer les sons dans les contextes où ces derniers peuvent véhiculer l’émotion désirée.

R : C’est le momentum qui décide de la connotation du son. C’est plus les moments qui sont bons ou mauvais.

 

Parlez moi donc un peu du spectacle du 5 mars :

12788467_10156657560545473_728852177_oR : Le concert s’intitule Carcan. On essaie d’aller explorer les différentes frontières que les compositeurs s’infligent à eux-mêmes afin de repousser leurs propres limites.

Il va y avoir une création de Mathieu Dumont ainsi qu’une pièce de moi-même, ainsi qu’une oeuvre qui mélange percussions classiques et chorégraphie pour mains de Thierry de May. Le compositeur essaie de standardiser une notation de danse à travers ses oeuvres. Il y aura aussi une première canadienne de Nicolas Papador et Piano Phase de Steve Reich interprétée par deux vibraphones.

 

 

Vous voyez Ep4 où dans 5 ans?

R : Peu importe ce qui va arriver, je souhaite que cet ensemble puisse continuer de donner accès à ce type de musique.

M : C’est fou à dire, mais j’aimerais remplir la grosse salle du Palais Montcalm avec un concert.

 

 

Le concert se tiendra à l’espace Hypérion : 20 rue Dauphine le 5 mars à 20h

PS : avant y’a Brun citron qui fait son lancement au Knock-Out!
PPS : Si vous avez jamais expérimenté une oeuvre contenant du phasing, c’est complètement viré sul top.

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À propos de l'auteur

Jean-Michel Letendre Veilleux