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19 Oct
2016

Chambre à part. Anthologie rapide du rock indépendant anglo-canadien obscur

Par Simon Provencher // Blog // Étiquettes : , , , , ,

Je suis un peu "fanboy" de guitar-rock/pop canadien, je l'admets. Dans un autre article un jour, je ferai l'apologie complète du "genre", mais pour l'instant je vais me contenter de dire une chose: nous, les francophones, nous refermons sur une quantité immense d'artistes complètement incroyables, qui sont pourtant au pas de notre porte. Et par le fait même, nous limitons notre musique aux limites de la francophonie, en nous excluant de mouvements plus larges au sein de la communauté DIY canadienne.

Force est de constater qu’il se forge une sorte d’identité ou du moins de communauté canadienne anglophone; sans nous. On vit notre propre moment de diversité francophone, et c’est pour le mieux! De nouveaux projets excitants semblent émerger chaque semaine, la création en français est fortement valorisée, et on est définitivement une culture québécoise indépendante dont on peut être fiers!

Ces deux ébullitions sont pourtant fondamentalement séparées. On trouve à Montréal des salles de spectacle définitivement anglophones et d’autres francophones. Certains groupes ou artistes, très similaires outre la langue, ne se rencontreront jamais sur scène. La grande majorité des groupes émergents québécois fouleraient le sol de la France avant celui de l’Ontario ou des Maritimes. Et tellement d’excellents groupes anglophones montréalais n’iront jamais tout près à Trois-Rivières ou au Saguenay, confinés à une scène exclusive par les barrières de la langue.

Je peins un portrait rapide bien sûr, on pourrait nommer plusieurs collaborations fructueuses entre des acteurs des différentes scènes, notamment le récent passage à Québec des extraordinaires Dories, Doffing et Corridor!

Je crois que malgré plusieurs histoires de succès, le portrait général de séparation entre les scènes linguistiques reste juste. Notons aussi que mon analyse se base principalement sur l’univers du rock indépendant, et sera ainsi incomplète. C’est l’univers que je connais et dans lequel j’évolue principalement. Si votre expérience diffère, je vous invite fortement à commenter cet article!


Prenons d’abord quelques exemples, l’exclusivité linguistique des festivals indépendants étant un fort symptôme de notre aliénation mutuelle.

Shifty Bits Circus (Montréal & Fredericton)
Parmi plus de 50 performances, on trouve un seul projet francophone, La Fête, autant à Montréal qu’à Fredericton. Pour Fredericton, on ne peut même pas blâmer la distance, il y avait une bonne poignée de groupes ontariens et montréalais anglophones dans la programmation.

Sappyfest (Sackville)
Encore, sur près de 60 prestations, on ne trouve que deux artistes québécois francophones, Chocolat et Les Hôtesses d’Hilaire.

Même Pop Montréal affiche une proportion décevante d’artistes francophones.

Ce n’est pas dire que nos festivals font mieux! Le monde de l’indépendant canadien anglophone y est tout aussi sous-représenté, malgré sa pertinence et son ébullition actuelle, en fait il est totalement absent de nos festivités. On voit parfois certains artistes s’exprimant en anglais, bien sûr, mais il s’agit uniquement de groupes déjà fortement établis ou populaires. Citons rapidement quelques exemples, le FME n’avait que Partner (on pourrait compter certains groupes de francophones s’exprimant en anglais par contre), le Festif! n’avait rien, le FEQ a accueilli les Freak Heat Waves, à la surprise générale, mais on voit bien que ces artistes sont des exceptions.

Prenons dernièrement comme exemple le prix Polarisreprésentant de la musique canadienne en général. Quatre artistes sur 40 s’expriment en français (et j’inclus Dead Obies… oui oui!) dans la longue liste, et aucun d’entre eux ne s’est qualifié pour la très prisée courte liste.


Mais attention!

La faute n’est pourtant pas aux méchants anglophones qui ne veulent pas de nous! Ne vous méprenez pas! J’organise moi-même des spectacles et il est beaucoup plus facile de « booker » ses amis, ses connaissances, ses collaborateurs et surtout, des membres de sa communauté. La collaboration pour organiser un spectacle requiert la confiance, ou du moins la connaissance de l’autre. Nos deux scènes ne se connaissent pas.

Je qualifierais Québec comme une chanceuse exception. Étant une plaque tournante presque complètement francophone entre les Maritimes et Montréal, plusieurs groupes indépendants anglophones s’y arrêtent et ainsi communiquent et apprennent à connaître notre partie infime de la scène francophone. Le Pantoum a la chance de voir passer plusieurs de ces groupes, de les faire connaître et de les mettre en valeur pour une audience francophone. J’ai aussi personnellement eu la chance d’organiser plusieurs soirées avec des groupes indépendants anglophones, et ainsi de tenter de faire ma part pour réunir les deux univers, ici, à Québec.

Ça ne suffit pourtant pas! Osons, en tant que francophones, sortir du monde de la francophonie et tourner au Canada anglais! Osons inviter un groupe anglophone avec nous au Quai des Brumes ou au Divan Orange pour notre prochain spectacle, osons envoyer nos albums à Weird Canada (incroyable blog bilingue!). Faisons confiance à notre langue et tentons de rejoindre les autres communautés DIY avec qui nous partageons nos valeurs, nos influences et nos ambitions.

Les deux mondes semblent être en ébullition, au bord de l’explosion face à la richesse créative de nos artistes. Certaines des incompatibilités passées semblent aussi s’estomper, les influences s’universalisent et les scènes distinctes peuvent se rejoindre davantage, ou du moins, se connaître et se reconnaître.


Si vous voulez lire la playlist commentée d’un petit francophone qui développe tranquillement une connaissance encyclopédique des recoins canadiens de bandcamp, qui s’arrange, tant bien que mal pour que ces groupes-là trouvent une audience à Québec et qui veut, maladroitement et sans prétention, refermer l’écart entre deux communautés parallèles qui sont souvent beaucoup trop distinctes, c’est ici:

(Merci à Tate LeJeune (membre de Laps <3 ) pour les additions, indiquées par un astérisque.)

Qu’est-ce qui se passe à l’Est?

Mauno
Bon, je commence facile, je les ai vus presque dans mon salon la semaine passée. Une pop dynamique, intelligente, pleinement maîtrisée. Si vous voulez être prétentieux et les écouter avant qu’ils soient trop célèbres, c’est le temps!

Laps
Encore dans la douceur, mais au carrefour d’une expérimentation plus post-punk, presque progressive par moments, Laps s’inscrit avec créativité et unicité dans une continuité guitare-pop fortement canadienne.

Vulva Culture
On pourrait définir le girl-groupe d’Halifax comme slowcore, mais ça ne serait pas leur rendre justice. Le quatuor forge des ambiances denses, entrechassées et vivantes dans la lenteur. À écouter aussi, le projet d’à côté, Faw Haja.

No Problem
À écouter, un popsicle à la main, par un soir d’automne. Un doux slacker-rock exploratoire et toujours satisfaisant. Mentionnons au passage Municipality, cousin plus pop, tout aussi délicieux!

Kurt Inder
Continuons les recommandations slacker! Kurt Inder, ou Kurt pour les intimes, souffre d’une incroyable maladie qui rend tout ce qu’il touche à la fois accessible et immédiatement agréable, mais aussi habilement composé et toujours recherché. Les fans d’Homeshake ou de vieux lounge italien seront charmés. *

Nightbummerz
Punk rock, lo-fi, frénétique, chargé, définitivement un énorme coup de cœur! *

Century Egg
Pop? anglo-mandarin, une écoute de Mountain God 山神仙, révèle un son unique, excentrique, chaotique, engageant. *

Jane Blanchard
Duo guitare-batterie faisant dans le singer-songwriter complètement éclaté, écrit à merveille. La meilleure nouvelle musique à sortir de Fredericton, selon Tate, et je pense être d’accord. Tout simplement délicieux. *

Moterhood
Excentrique orgue-rock, cirquesque par moments, mais c’est probablement surtout à cause de l’orgue. *

Jon Mckiel
Wo! Pourquoi est-ce que je me fais montrer ça aujourd’hui? Garage-ish, folky, complètement incroyable. J’ai sérieusement été jeté à terre! 🙂 *

Old and Weird
Doux post-punk lyrique, défait, ambitieux, le groupe se rend difficile à décrire mais allez l’écouter, vous ne le regretterez pas, promis!


Il y en a plein d’autres aussi, mais je veux pas écrire un fleuve (NDLR: Simon tu écris déjà vraiment un trop long article, calme-toi s’il te plaît)
Et chez les Ontariens?

Dorothea Paas
On s’offre en Ontario des guitares bruyantes, intenses, s’inscrivant dans une structure à la fois calme et complexe. Le chemin tortueux nous mène plus souvent qu’autrement à une explosion « Eric’s Trip »-esque et parfois, mais plus rarement, au calme.

Lonely Parade
No Shade est probablement l’album de l’année, si vous vous fiez à moi. Il ne faut pas se fier à moi, mais cette fois-ci je ne pense pas trop me tromper. Encore une fois, comme vous pouvez le deviner si vous avez écouté les autres groupes que j’ai proposés, la guitare est à l’avant, complexe, exécutée un peu mollement, excellente. La pièce Newfoundland est un nouveau classique canadien. Si vous filez plus garage, écoutez leurs compatriotes de Peterborough, Faux Cults.

Foam
Simplement de l’excellent punk méchant et bruyant. J’ai besoin d’en dire plus?

BB Cream
Power pop twee-ish, en espérant qu’ils ne rejettent pas l’étiquette, parce qu’ils sonnent souvent comme une version moderne et un peu plus fâchée de Heavenly, et c’est un énorme compliment venant de moi!

Sheila Beach
Noise pop de chambre, lofi, post-shoegaze, si je peux me permettre le terme et si on considère Galaxie 500 comme du shoegaze. Mais en fait non, c’est vraiment juste de l’excellent noise pop. *

Hooded Fang
Un peu plus célèbre que le reste de la liste, je l’admets, mais le kraut-psych bruyant du groupe de Toronto mérite sa place n’importe où. Venus on Edge est un savant mélange de frénésie, de couleur, d’énergie et d’innovation. *

Whoop-Szo
Dans les méandres d’une église de London, ou constamment en tournée, Whoop-Szo offre un rock psychédélique bruyant, exploratoire, politisé et dynamique. Le groupe incluait souvent à merveille des accents folks, voire ambiants dans ses premières sorties, mais devient graduellement de plus en plus abrasif. À mon grand plaisir.

New Fries
Je ne sais pas comment définir Nouveau Frites, outre de louanger leur emprise radicalement nouvelle sur ce que fut un jour le no-wave. Avec énergie, abrasion, les frites causent la confusion générale.


Dans la métropole?

Freelove Fenner
La meilleure manière de faire de la pop psychédélique c’est comme ça. Je commence vraiment à trop classifier les groupes en genres, mais c’est difficile de faire autrement en quelques lignes. Dans tous les cas, Do Not Affect a Breezy Manner est un essentiel, quand je me sens triste, quand je suis misérable, quand j’ai honte, tout le temps.

The Submissives
Twee? Projet d’art? Hommage aux Shaggs? Dans la simplicité, l’honnêteté et la maladresse, on retrouve un des projets les plus intéressants à sortir de Montréal cette année.

Phern
Ça ne devrait pas être permis être aussi bon et n’avoir que trois chansons en ligne. En fait non! À la première rédaction de cet article le dévoilement n’était pas fait, mais ils ont annoncé ce mardi un album long à paraître en novembre! Il ont aussi sorti l’excellent simple Pause Clope, sur Fixture Records! Je suis excité!

Brave Radar
J’ose dire que Brave Radar est probablement le groupe essentiel à connaître à Montréal, aux frontières de la pop, du twee et du new wave (pas celui avec les synths là.. avant!). Toujours minimalistes, déconstruits, immédiats et satisfaisants. La discographie complète est une écoute essentielle!

Telstar Drugs
Maîtres absolus de prendre leur temps, Telstar Drugs construisent des ambiances motoriques, rêveuses, obtuses et se révèlent ainsi être un des plus beaux groupes qui fut actifs récemment au Québec. Je cherche encore un meilleur album que Sonatine, sans succès. Je dis « fut » car ils n’existent plus, mais l’aventure continue partiellement via Clear Spot.

Soft Opening
Eux aussi récemment retirés du monde musical, à mon grand désarroi parce que je n’ai pas eu la chance de les voir. Au moins j’ai Womusic Woman pour me consoler.

Un Blonde
Un Blonde est trop difficile à décrire, je n’essaie même pas. Mais pensez à post-rnb-gospel-synthpunk-weird-soft-jazz-génial.

Dories
D’origine calgarienne, et ça paraît dans les sonorités, le groupe transcende pourtant la simple association à l’origine, particulièrement sur le plus récent Outside Observer. Sérieusement 11/10 band.

Mono no Aware
Associés, comme Dories d’ailleurs, au désormais « mythique » Poisson Noir, les slacker-punks de Montréal offrent un rock lourd, défait, appétissant, maritime, saumon sauce à l’aneth. Écoutez aussi Doffing s’il vous plaît, vous allez adorer aussi!

Nennen
Éloge de la lenteur, de la texture et du temps que ça prend pour s’étouffer.

Blue Odeur
Weird pop déconstruite, exploratoire, incroyable. *

Moss Lime
Guitare-pop molle, biaise, comique et charmante, Zoo du Québec est une pièce de maître. Et ce n’est pas parce que j’habite à côté du zoo.

Notta Comet
Exploration mathématique, post-punk, frénétique; malheureusement défunt, mais tout récemment encore actif. RIP Notta Comet :(.


Oups le reste du Canada… (je m’y connais moins ça paraît)!

Smoke Eaters
Snack-rock intime. Encore, je pense pas avoir besoin d’en dire plus.

Painted Fruit
Amis et/ou connaissances et/ou collaborateurs de Smoke Eaters, le groupe offre une pop angulaire, sucrée, artisanale. Le split entre les deux groupes est particulièrement extraordinaire.

Faith Healer
Pop psychédélique sensible, douce, estivale. Edmonton se fait valoir, non pas en quantité mais en qualité! *

Johnny de Courcy
Le maître manipulateur rendrait presque Anatole jaloux avec sa glam pop extravagante, hors-norme et sensuelle. À ne pas manquer en spectacle quand il reviendra dans la Vieille Capitale.

Fountain
On conclut enfin la liste! Avec un hit en plus. Savant post-punk. Coloré et dynamique. J’ai entendu par les branches (de leur Facebook) qu’ils déménageaient à Montréal bientôt!

Bonne écoute <3 🙂

À propos de l'auteur

Simon Provencher