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21 Juin
2016

On prend un gin en parlant de crooner

Par Marie-Laurence Asselin // Blog // Étiquettes : , , ,

J'ai reçu mon invitation : c'est officiel, cet été j'irai à mon premier mariage, et ce sera celui de Monsieur et Madame Leblanc.

C’est en ouvrant le 10 pouces que Monsieur Leblanc m’a donné que je découvre l’enveloppe turquoise scellée d’un cœur blanc, avec une écriture à la brush script améliorée (va voir dans ta liste de polices sur Word s’il le faut). Une photo en noir et blanc bourrée de romantisme cynique est accompagnée d’un joli message avec de longs mots poétiques soigneusement choisis. Coiffure bien léchée, smoking repassé et cigare qui coûte cher sont les accessoires d’un crooner parfait que Monsieur Leblanc adopte bien.

Je commence avec une question bien générale, mais efficace : comment fait-on pour passer de The Aversions à Monsieur Leblanc ?

J’ai tout le temps écouté de la variété française, et j’ai toujours aimé le crooneur. The Aversions, c’était du punk, et c’était comme une façon d’exprimer nos frustrations à travers la musique. Quand tu as 18 ans et que tu es plein de fougue et d’idéaux, ça peut être un bon canal pour faire passer le message, ça reste authentique. Même si on avait encore beaucoup de plaisir à jouer, j’avais le sentiment que ça aurait risqué de devenir fake si on avait continué encore longtemps à chanter nos chansons de jeunesse. On a donc cru bon d’arrêter avant que cela se produise. Je suis donc retourné à ce que j’ai toujours aimé, et ça a donné Monsieur Leblanc. Le premier album (Monsieur Leblanc) donnait le ton au deuxième (In the kitchen, with a rope) : je voulais faire quelque chose d’épuré, garder ça simple, la voix en avant-plan, la musique plus laid back.

OK, et pour le nom, Monsieur Leblanc, on choisit ça comment ?

Ben, on avait fait des maquettes au début, et je n’étais pas certain de mon choix. Mais en même temps, j’ai réalisé que ça démontrait que je ne veux pas du tout renier mes racines francophones, même si je chante en anglais. Je fais tout simplement de la chanson française chantée en anglais.

On est d’accord pour dire qu’« In the kitchen, with a rope », ça sonne un peu cynique. Ça te vient d’où cet intérêt pour la comédie obscure ?

Ça vient du cinéma noir, des vieux films. Je me sens plus interpelé par les dialogues qu’il y a dans ce genre de films, de l’importance accordée à l’esthétisme, à l’artistique. Je m’inspire aussi de nouvelles littéraires, de romans policiers, de la littérature fantastiques, comme Poe, Hoffmann ou Baudelaire. C’est l’ambiance qu’on y retrouve qui m’attire. Reste que les thèmes reviennent souvent au même : l’amour, la mort, l’incommunicabilité, mais placés dans différents contextes. Ce que je fais, c’est de marier des trucs français à de l’américain (on peut penser à Sinatra aussi).

https://www.youtube.com/watch?v=3oIMpAnE6H0&feature=share

Tu dois te la faire poser souvent, mais tu considères que tu fais de la chanson française en anglais. Pourquoi en anglais dans ce cas ?

Ce n’est pas vraiment une question culturelle, c’est plutôt une question musicale. Je trouve que la structure en anglais est mieux pour mes chansons. Par exemple, pour l’opéra, c’est souvent en Italien question de musicalité. (Quoique Mozart en ait également produit d’excellents en allemand!!). Monsieur Leblanc, c’est semi-acoustique, mais ce n’est pas vraiment du folk, ce n’est pas de la musique engagée. Pour le son, c’est mieux. Si tu penses traduire « Blonde Ice » en français, tu te rends compte que ça ne se traduit pas vraiment.

Pour ceux qui n’étaient pas là à ton lancement, saurais-tu me décrire la réaction qu’ont eue les gens ?

Et bien j’ai un bassin de fans assez restreint, mais je pense que la réception a été bonne. On a pas mal amélioré la prod si l’on compare au premier. La pochette a néanmoins fait réagir ! J’ai deux types de commentaires dessus : 1. C’est génial. 2. Les gens sont choqués, puisque l’on voit une jeune femme suspendue qui, on le devine, s’est suicidée. Même si la photo n’est pas gore, il y en a qui trouvait que ça ressemblait à la banalisation du suicide. Comme de la provocation gratuite. À chacun de juger !

Les affaires ont l’air de bien aller, tu comptes continuer un bout de temps encore ?

Ben en fait, je n’attends rien de personne, je n’attends pas que quelqu’un me remarque. Mon but, c’est de m’exprimer à travers la musique et de rester authentique à moi-même. Pour l’instant, je ne compte pas arrêter, je pense qu’on est bien parti, on a d’autres idées. Mais bien sûr, ça dépend toujours de ce qui se passe dans la vie !

Question bonbon un peu : qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

J’écoute Fréhel, une chanteuse du début des années 1930. Et j’écoute aussi Renaud, qui reprend Fréhel. Elle aborde des thèmes vraiment noirs, comme la prostitution, la drogue. Ce sont des univers inspirants. Dans un autre ordre d’idée, j’écoute aussi de l’américain italo, du mambo et du chachacha !

 

Monsieur Leblanc sera en tournée en septembre en Europe, pour deux semaines.

https://monsieurleblanc.bandcamp.com/

À propos de l'auteur

Marie-Laurence Asselin