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11 Avr
2017

Le prog, la nostalgie, et le Grand Cobra

Par Isabelle Cormier // Blog

J’ai le gène de la nostalgie. La nostalgie est en moi toute puissante, et je n’y peux rien. Mais du moment où j’ai un peu trop d’attentes, ça peut me faire de la peine quand je réalise que « c’est bin moins bon que dans mes souvenirs! » ou encore « j’aurais donc bin dû me contenter de me taper leur discographie en buvant un scotch avec mon père ».

Samedi 8 avril, je suis allée voir IQ à la salle Jean-Paul Tardif. IQ est un groupe de néo-progressif britannique pas pire prolifique qui a sorti 11 albums studio depuis 35 ans. En bonne pré-ado-exemplaire-fille-à-son-père, j’ai un jour découvert le prog et décidé d’écouter tous les albums de la discothèque du paternel en très peu de temps. Ça en fait beaucoup à digérer d’un coup. Mais j’suis tombée en amour.

IQ, c’est grandiose. IQ c’est un front man charismatique à la voix aigüe, mais un peu rauque qui rappelle à la fois celle de Peter Gabriel et de Jon Anderson (tu vois le genre?). C’est des grandes parties de piano arpégées et vertigineuses qui occupent tout le clavier… des sons d’orgue et d’orchestre cheap… Des chansons épiques de 25 minutes. J’écoutais Harvest of Souls (Dark Matter, 2004) quand j’avais 14-15 ans, et je pleurais, un peu comme la madame de 65 ans qui se lève en s’évanouissant dans l’église pendant que le choeur gospel s’énerve.

J’étais intense, tu comprends.

Ce que je veux dire, c’est que samedi, j’ai vécu l’excitation et l’hystérie. Deux ou trois voyages dans le temps, aussi, où je me revoyais dans la cour arrière du domicile familial avec mon mp3 Sony à écouter en boucle leurs opus les plus épiques en pleurant de joie. Mais j’ai aussi vécu la déception.

Parce que c’est ça que ça fait, être nostalgique et naïve. On se fait des attentes, elles ne sont pas toujours remplies.

Il y avait sur scène un guitariste qui ressemblait à un apothicaire fin 17e siècle qui s’est fait couper les cheveux chez KRWN et qui portait une chemise Plenty Humanwear. Jusqu’ici c’est super. Il était très bon et divertissant. C’est cool, parce que quand il faisait ses solos, il dansait un peu comme Rick Astley avec une guitare dans les mains.

Il y avait aussi un batteur et un bassiste qui ont dû faire faire quelques syncopes à leur public de boomers. Pas cool.

Il y avait un flamboyant Peter Nicholls qui, pour que vous puissiez le voir sans l’avoir vu, ressemblait étrangement à un croisement entre Peter Dinklage (Tyrion Lannister) et Mick Jagger (Mick Jagger). Mais c’est pas important. Il était drôle et charmant, sa voix était de la même couleur que sur ses albums… mais il manquait terriblement de précision et de souffle. Mon inconfort.

Ce qui m’amène vers une douce amère conclusion… Hier je me suis installée dans la salle Jean-Paul Tardif au milieu de plusieurs dizaines de fans de prog nostalgiques. Je n’avais toujours pas réalisé que j’allais assister au spectacle d’un des plus grands groupes cultes de néo-progressif de la planète. Et au bout de la ligne, je me suis vraiment amusée. Mais je me suis aussi dit à certains moments un peu glissant

« j’aurais donc bin dû me contenter de me taper leur discographie en buvant un scotch avec mon père ».

Fais-que c’est ça mon punch.

 

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Isabelle Cormier