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12 Jan
2016

Simon Provencher a écouté les arômes de Medora

Par Jean-Michel Letendre Veilleux // Critique musicale

 

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À quoi ça sert la localité ? Les marchés d’artisans, le beau St-Roch tout neuf, les tapes dans le dos quand on achète son cadeau de Noël sur Du Pont. Ben ça sert à rien. L’exubérance de se croire ici quand on est ailleurs, quand on a transcendé le post-capitalisme et que tout est partout à la fois. L’exubérance d’un groupe fait à Québec qui se voit plus haut, plus loin. La poésie de chanter tout en français pareil. Ça sert à rien mais ça fait joli. Et ça sent bon aussi.

Comprenons évidemment que j’exagère.

Le nouveau CD de Medora sent comme tous les autres. L’hiver fait bien les choses pour le quatuor de Québec. Le mi-froid les voit se révéler plus directs, plus osés. Cymbales haletantes, les trois premières pièces révèlent le côté progressif du groupe. Voix mélodieuses, tortueuses, guitares recherchées et habilement maniées, structures complexes, tout le tralala. Mais le tralala est bien fait, et modernisé autant par la production que le jeu d’influences contemporaines. On sent que le groupe, qui se veut actuel, veut aussi dépasser ses contemporains ; n’étant pas satisfait d’être le prochain Karkwa, le nouveau Radiohead québécois ou encore le Grizzly Bear du rock franco.

Parlant de francophonie, plus d’efforts et d’ambitions ont été mis dans les paroles, et ça fait du bien. On a des textes justes, abandonnant presque entièrement la poésie adolescente de Ressac, optant pour une textualité plus mature. Prenons un aparté pour mentionner le travail de réalisation du groupe et de M. Jean-Etienne Collin-Marcoux. Les guitares sont riches, les synthétiseurs planent et le coup de pied du batteur s’affirme et ramène l’ordre dans la douce mélasse du groupe. Malgré plusieurs différences de compositions et un jeu dynamique, les trois premières pièces se mélangent un peu dans les mémoires, donnant un bel amas, une belle boule de pâte à tarte ou quelque chose du genre. Le groupe le savait sans doute. Sur la deuxième moitié du disque on les voit expérimenter beaucoup plus. Les bruits forts, les drones nous assaillent, La braise sous la cendre et Nature font plaisir, nous donnant directement l’expérimentation que les autres pièces laissent deviner. Et mon côté pop est satisfait par Permanence, la pièce la plus directe et envoûtante de l’album, qui vient séparer les deux chansons plus osées. On a donc commencé l’album sans surprise, avec ce que l’on connait de Medora si on les a déjà vu en spectacle, ou si, comme moi, biaisé reporter, on a déjà fait partie du groupe dans de temps anciens.

Un très bon rock franco teinté de progressif et d’audace. Mais on termine autrement, en force, avec de grands essais, de grandes aspirations, des cuivres, des orchestrations riches. En fait, on aurait voulu ça depuis le début… ce sera pour le prochain.

L’album sera disponible dès mercredi sur Bandcamp : https://medoramusique.bandcamp.com/

À propos de l'auteur

Jean-Michel Letendre Veilleux